Ce mois de janvier 2010 fut l’un des plus froids des vingt dernières années selon Michel Schneider, ingénieur à la direction de la climatologie à Météo France.
En ce dimanche 31 janvier, cela nous a valu un réveil avec un spectacle féérique. Voici une série de photos qui en témoigne.
PS : nous apprécions ces gelées matinales (-8 à -9°C) en cette période de l’année, beaucoup moins au printemps.
Ceux qui se demandent pourquoi peuvent se reporter à cet article du 23 avril 2006.
A suivre, deux macrophotographies où le givre apporte sa touche artistique :
Les ceps de vignes eux aussi ont une fin :
Encore une photo du paysage blanchi par le givre de nos vignes bordelaises :
Pour finir, narcissique et peu original, voici toutefois un autoportrait du vigneron blogueur dans une allée de vigne recouverte de givre :
Sean, 25 ans, vient de sortir d’une des meilleures écoles de commerce de Vancouver au Canada.
Son diplôme en poche, il se pose la question fondamentale « que vais-je faire de ma vie ? »
Pour tenter d’y répondre, il se lance dans un projet apparemment un peu farfelu : 52 jobs différents en 52 semaines.
Le 38ième job de Sean Aiken : vigneron dans le nord ouest des Etats-Unis
(photo avec l’aimable autorisation de Sean, au centre)
Pour donner encore plus de sens à cette aventure, il décide que ses employeurs successifs ne lui verseront pas de salaire, mais feront un don à l’association canadienne « abolissons la pauvreté« .
Tout spécialement à la branche qui s’occupe des enfants, car un enfant canadien sur six vit dans la pauvreté.
Sean a -entre autres- exercé les métiers suivants : coach de volley-ball, fleuriste, fermier, chercheur, aubergiste, brasseur, DJ, assistant tatoueur, assistant vétérinaire, publicitaire, barman, moniteur d’escalade, photographe, pizzaiolo, moniteur d’arts martiaux, chiropracteur, astronome, … vigneron, et beaucoup d’autres.
Sean fait son apprentissage vigneron à la Two Mountains Winerie dans la Yakima Valley lors de son 38ième job : il participe aux dégustations, s’initie à la taille, découvre la complexité de notre métier au cours de cette courte semaine, et promet de continuer à former son palais.
Son aventure connait un retentissement extraordinaire de l’autre côté de l’Atlantique, sa renommée atteint maintenant notre pays : Courrier Cadres, Libé, France Info…
Il semble avoir passé un excellent moment avec nos confrères vignerons américains.
Trois articles de son blog sont consacrés à notre métier :
Je serai vigneron la 38ième semaine
Une belle région viticole : la Yakima Valley
Si vous lisez l’anglais, je vous encourage vivement à visiter le site de Sean, prévoyez un peu de temps, c’est vraiment étonnant.
Sean, peut-être ton avenir professionnel croisera-t-il à nouveau le monde du vin ?
En tous cas, tu es le bienvenu à Château Ballan-Larquette si tu viens dans notre région !
La taille de la vigne a-t-elle été inventée par un âne ?
Je ne saurais répondre à cette question, s’agit-il d’une légende ou y-a-il une part de vérité, à vous d’en juger.
La légende raconte qu’un de nos ancêtres vignerons quelque peu négligent a un jour laissé son âne brouter ses vignes.
Il aurait observé que les vignes broutées par l’âne avaient produit des raisins plus beaux et plus abondants qu’à l’habitude, d’où l’idée de tailler les vignes.
En tous cas, de nos jours, on ne saurait confier cette délicate opération à ce sympathique mammifère.
La taille de la vigne est en effet une opération minutieuse, technique, de la plus haute importance tant pour la qualité de la récolte que pour la pérennité de la vigne.
En taillant, Ida pense à la future récolte et au devenir du cep de vigne.
Remarquez le gant de la main gauche muni de coques de protection métalliques.
Les opérations de taille se déroulent dans notre région de mi-novembre (lorsque les premières gelées ont fait tomber les dernières feuilles) à mars.
Bien qu’un dicton de vigneron dise « taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars », nous commençons dès mi-novembre pour avoir le temps matériel de tailler toutes nos vignes.
C’est une course contre la montre, il faut avoir terminé la taille avant le débourrement de printemps.
Les jeunes vignes, les vignes les plus fragiles, les parcelles exposées aux risques de gelées printanières sont taillées en fin d’hiver, lorsque la sève commence à remonter.
En maniant son sécateur, le vigneron a deux objectifs :
- faire évoluer la forme, assurer la survie à long terme du cep de vigne
- choisir les bois de taille qui vont porter la prochaine récolte .
Premier objectif, sculpter le cep de vigne.Nos vignes sont palissées, nous passons avec des tracteurs et des outils (tondeuse, rogneuse, pulvérisateur, travail du sol…). Il est donc impératif que les ceps restent alignés dans le rang, les bras du cep doivent donc rester sagement dans le droit chemin.
Si le vigneron n’y prend garde, le cep de vigne a une fâcheuse tendance au fil des années à s’allonger et à prendre de la hauteur, empiétant sur l’espace vital de ses voisins. Le tailleur doit donc choisir ses bois de taille avec soin, afin de sculpter le cep et lui garder la forme souhaitable.
Deuxième objectif, préparer la prochaine récolte.
Les bois de l’année qui ont poussé sur un bois de l’année précédente sont les plus fructifères. Le vigneron les choisit donc en priorité.
Il est également attentif à l’aspect du bois qu’il va conserver : diamètre, absence de maladie, espacement des bourgeons.
La longueur de l’aste détermine la « charge », c’est à dire le nombre de raisins que va porter le cep de vigne.
Les jeunes vignes, les pieds les plus faibles dans les vieilles vignes seront taillés plus court, afin de privilégier la vigueur et l’enracinent pour le futur plutôt que la récolte de l’année.
Un ouvrage de référence sur la taille de la vigne aux éditions Dunod (ajouté le 25/02/2008)
Sur notre exploitation comme dans une grande partie du bordelais, nos vignes sont palissées et nous pratiquons la taille guyot, simple ou double selon les parcelles.
Guyot simple : une aste et un cot, guyot double deux astes et un cot.
L’aste est le bois de taille principal, il porte 7 à 8 bourgeons.
Aux printemps, les bourgeons de l’aste se développeront en rameaux qui porteront les raisins.
Le cot (ou courson) est destiné à préparer la taille de l’année suivante : si tout se passe comme prévu, c’est sur ce cot que sera taillée l’aste l’année prochaine.
Si vous avez tout suivi, vous avez sans doute remarqué que le bras qui porte le cot et celui qui porte l’aste sont inversés chaque année dans le cas de la taille en guyot simple.
En moyenne, le vigneron va donner entre quinze et vingt coups de sécateur par cep de vigne. Parfois il utilise sa scie pour raccourcir un bras qui s’est trop allongé.
Un vigneron expérimenté taille un peu plus de 1000 ceps de merlot par jour dans des vignes en bon état, un peu moins en cabernet sauvignon.
La taille se déroule en conditions hivernales, c’est un travail difficile.
Heureusement, les nouvelles technologies ont diminué la pénibilité :
- l’apparition de sécateurs pneumatiques depuis une trentaine d’années, puis électriques depuis une dizaine d’années diminuent le risque de tendinites et autres « tms » (troubles musculo-squelettiques dans le jargon de la mutualité sociale agricole (MSA).
- les gants à coque de protection évitent les coupures aggravées par la puissance des sécateurs modernes.
- Les bottes et les vêtements de protection contre le froid et la pluie sont plus légers et efficaces qu’autrefois.
Pour tailler, Ida utilise essentiellement le sécateur électrique, qui rend l’opération moins pénible et plus rapide.
Pour les grosses coupes, il lui faut sortir la scie (remarquez le fourreau de la scie accroché à sa taille).
Si vous avez envie de devenir vigneron, sachez qu’il vous faudra une saison complète de taille pour seulement commencer à devenir efficace !
Pour terminer, je vous propose, avec la complicité d’Ida, une série de photos qui vous montre le déroulement de la taille d’un cep de vigne (en moins de 2 minutes…).
Vous pouvez cliquer sur chaque photo que vous souhaitez voir en grand format.
Ida taille un pied de cabernet-sauvignon : les premières coupes
Le choix de l’aste
Le nettoyage de l’aste
Le nettoyage de l’aste (2)
Le nettoyage de l’aste (3)
Le nettoyage de l’aste (4)
La mise à longueur de l’aste
L’aste est terminée
Le nettoyage de l’intérieur du cep
Le nettoyage de l’intérieur du cep (2)

La coupe de l’aste de l’année précédente

Le nettoyage de l’intérieur du cep (3)
Remarquez qu’entre-temps, le cot a été taillé à 2 yeux (au-dessus du sécateur)
L’élimination des bois inutiles
Le cep est terminé, on passe au suivant.
Pour vous permettre de visualiser le travail terminé, les bois taillés ont été tombés.
En réalité, cette opération de « tombée des bois » est faite par la suite.
Le bras gauche du cep porte le cot (2 yeux), le bras droit porte l’aste (7 à 8 yeux)
Orages ou averses sont particulièrement fréquents depuis quelques semaines.
Nous avons eu pour l’instant plus de chance que nos collègues de Saint Mont et d’autres vignobles fortement touchés par la grêle.

Plusieurs fois par semaine depuis un mois, pluies et orages font trembler les viticulteurs bordelais : risque de grêle, risque de maladies.
Les fortes et fréquentes précipitations des dernières semaines génèrent pression mildiou telle que nous n’en avons pas connu depuis longtemps.
Extrait du bulletin de suivi « Optivigne » reçu aujourd’hui :
Au vu de tous ces facteurs, la pression Mildiou est FORTEMENT implantée et aucun relâchement dans la protection ne doit être envisagé. Il est IMPERATIF d’avoir une couverture préventive optimale sur les prochains évènements orageux de ce milieu de semaine, d’autant plus si les précipitations « résiduelles » de la fin de semaine se confirme.
Prémonition ou chance ? cette année, nous avions décidé de laisser tous nos fonds enherbés, contrairement à notre habitude de travailler un rang sur deux : l’enherbement assure une bonne portance, ce qui permet le passage d’un tracteur même sur sol mouillé. En cas de sècheresse, par contre, l’herbe concurrence trop la vigne et assèche encore plus les sols.
Nous avons donc pu positionner nos traitements entre deux averses et « assurer une protection optimale ».
Pour l’instant, pas de dégâts apparents sur notre vignoble, mais la partie est loin d’être gagnée…
A signaler également au chapitre viticulture : à part un peu de millerandage sur les cabernets sauvignons, peu de dégâts de coulure et millerandage contrairement à ce que je craignais fin mai.
En ce samedi 26 mai 2007, les cépages merlot et cabernet-franc semblent avoir atteint le stade de la demi-floraison, ce qui classerait 2007 comme un des millésimes les plus précoces jamais observés à ce stade du développement de la vigne.
Le vigneron observe avec attention cette phase de floraison, cruciale pour la récolte à venir. Il y prend beaucoup de plaisir lorsque les conditions sont idéales : temps sec, ensoleillé et plutôt chaud.
C’est tout le contraire qui se produit cette année : nous avons eu un cumul de pluies de 60 mm sur les 4 derniers jours, et les températures ont singulièrement fraîchi (13°C cet après-midi). Il faut donc s’attendre à observer prochainement des phénomènes de coulure et de millerandage.
Pluie et froid risquent de nuire au développement de ces fleurs de vigne : on voit les gouttes d’eau qui maintiennent une ambiance humide. Les capuchons floraux (de couleur marron) restent collés au lieu de tomber et de libérer la fleur. (cliquez sur la photo pour voir plus de détails).
Lorsque tout se passe bien, chaque fleur de vigne donne naissance à un petit grain : c’est la nouaison. Cette petit grain grossira pour donner une baie de raisin, prête à être vendangée une centaine de jours plus tard.
En cas de conditions défavorables, les fleurs peuvent avorter, se dessécher et tomber sans donner de grains, c’est la coulure. Elles peuvent également donner naissance à des grains de taille hétérogène. La grappe aura alors un aspect clairsemé caractéristique, c’est le millerandage.
Ces phénomènes de coulure et de millerandage peuvent engendrer une sévère perte de récolte. Ils ont heureusement été peu fréquents en bordelais au cours des 20 dernières années.
Notre exploitation est plutôt moins exposée que la moyenne :
- son terroir argileux est moins sensible que les terroirs de graves ou sablonneux,
- son encépagement fait une belle part aux cabernets, généralement moins touchés que le merlot.
Il faudra attendre quelques semaines pour se faire une idée précise, la vigne est une plante fabuleuse aux réactions peu prévisibles. Elle surprend souvent les spécialistes les plus chevronnées…
























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